"La terre nous en apprend plus long sur nous-même que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle. Mais, pour l'atteindre, il lui faut un outil. Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu'il dégage est universelle" in La terre des hommes de St Exupéry.
Le choix d'Asservies n'est pas l'aboutissement d'une longue histoire d'amour avec une pièce mais bien un coup de foudre d'été.
Après avoir longtemps pensé mettre en scène Les muses orphelines de Bouchard, j'ai en effet flirté durant l'été 2006 avec bon nombre de contemporains, de modernes, espérant trouver parmi eux la perle rare. D'aucuns m'ont séduite, d'autres m'ont enthousiasmée mais c'est Sue Glover qui m'a définitivement convaincue. Mon coup de foudre : une femme. Qui l'eut cru?
Et Asservies est bien une affaire de femmes, indéniablement : six comédiennes sur le plateau, une metteur en scène. Cinq femmes dans la région des Border, en Ecosse, milieu XIXème, sont employées comme ouvrières agricoles pour le fermage. La sixième, ancienne ouvrière, est désormais la maîtresse.
Les hommes sont absents.
La pièce évoque ces six femmes confrontées, le temps d'une saison agricole, à la marche de l'existence avec son lot de difficultés, de douleurs mais aussi de joies, de fêtes et de séduction. Un condensé de vie à l'époque où le monde agricole connaît de nombreuses mutations avec l'arrivée des progrès techniques.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Asservies n'est pas une pièce historique : elle parle d'une manière intemporelle et dans une langue très poétique de la condition féminine sans pour autant être une pièce féministe.
Evidemment, évoquer le fermage de manière réaliste s'avérait d'emblée une option impossible. De surcroît, je souhaitais universaliser la situation, l'extrapoler de la ferme.
L'idée dominante de la situation originelle, l'âpreté, persiste. Et c'est cette même âpreté qui est à la base du travail de mise en scène.
Le plateau est quasiment nu, épuré au maximum et nous n'avons conservé que quelques instruments symboliques : des seaux, un berceau, un tabouret à traite.
La majeure partie du travail de scénographie réside dans les couleurs : en dehors du blanc et noir des costumes - quasiment tous identiques- semblables à ceux des quakers, un rideau blanc tapisse le fond de scène et reflète les variations de lumières et de saison. Le travail de lumière vise également à la radicalisation avec une lumière quasi-identique sur toutes les scènes -des chauds pour l'acte I, des froids pour l'acte II-. Aucune musique en dehors de chants scott a capella et de rythmiques.
Enfin, la représentation du travail aux champs passe par une chorégraphie de mouvements en ombres et en lumières - nous travaillons sur un principe de choeur : occupation de l'espace, machines, travail sur la hauteur...-
Chers mots mis en lumière, maux mis en chair, lumière sur tous ces [mo]...